Récit Frangeant

Entre le vivant et l’inanimé, une fine frontière se dessine, rendant difficile la tâche de définir concrètement cet espace transitoire. Un récif frangeant est, de la sorte, une frontière entre le foisonnement vital des récifs coralliens et la puissance meurtrière des vagues. Le récif frangeant est là pour protéger la faune et la flore marine. Pour sa première exposition à Paris à l’espace Marguerite Charlie, Hendrik Gonzalez, artiste panaméen aux multiples visages, a décidé de reprendre le motif corallien et de créer un récit gravitant autour de la notion d’entre-deux où il joue entre la figuration et l’abstraction. Les dessins minutieux de l’artiste, mélangés à des tâches d’encre, créent des arborescences qui se propagent tout au long de la feuille en laissant de la réserve.
Si l’artiste s’intéresse aux coraux, c’est aussi pour le danger qu’ils encourent face au changement climatique. Leur vulnérabilité tout comme leur résilience attirent l’artiste, et ses œuvres nous interrogent sur l’avenir de ces structures. Inscrit dans la veine des artistes engagés qui questionnent notre rapport à l’environnement, Hendrik Gonzalez choisit de donner une voix aux coraux en leur accordant tout l’espace pictural; ainsi, ils ne sont pas que des éléments du paysage mais le sujet même de ses dessins.
Son engagement vis à vis de la question écologique prend une forme active lorsqu’il décide d’insérer du plastique issu de la récupération qu’il va coudre au papier. Ceci donne une tridimensionnalité à son œuvre qui se transforme en fabrique pour convertir le déchet en œuvre d’art.
D’un point de vue plus personnel, les coraux et plus précisément les récifs frangeants font écho à la condition d’immigrant de Hendrik Gonzalez. Ses premières expériences en France ont été marquées par l’impossibilité d’exprimer sa pensée intégralement, ce qui créa une barrière entre son environnement et lui même. Le corail se révèle être un symbole entre l’intériorité de l’artiste et ce qu’il véhicule via le langage. D’autre part, les couleurs vibrantes employées dans le dessin font appel à l’univers chatoyant de l’Amérique Latine tandis que le noir et blanc renvoie à la tradition classique européenne.
Les « récits frangeants » d’Hendrik Gonzalez sont des images mentales et paisibles brouillant la limite entre fiction et réalité. Dans cet univers vaporeux et onirique, l’artiste fusionne des matériaux et des techniques différentes pour donner vie à une riche mosaïque de motifs coralliens.

Milena Estrada
Vues d'exposition